J'ai préparé cet atelier dans le cadre d'un stage (Steven Spielfilm – Le secret du fil rouge) organisé par Bibellesebund. Il aborde le thème du cinéma, depuis l'idée de base jusqu'à la production et la post-production.
Bien sûr, ce serait une illusion de penser qu'après cet atelier « Filmer comme les pros », on obtiendrait des films dignes des professionnels. Les professionnels évoluent dans une toute autre catégorie et utilisent du matériel très coûteux. Cela leur offre des possibilités dont nous ne disposons pas. Mais il s’agit ici de quelques principes fondamentaux auxquels il faut prêter attention et qui permettent de réaliser un film un peu plus professionnel.
La préproduction
La préproduction peut tout à fait être qualifiée de « phase de planification ». Il ne faut pas sous-estimer cette phase. Plus on investit dans la planification, moins il y a de surprises lors de la phase de production.
L'idée
Tout commence toujours par une idée. Sans idée, cela n’a absolument aucun sens de vouloir produire un film. Il s’agit de développer une bonne histoire, et cette histoire repose sur une idée. Mais à quoi reconnaît-on une bonne histoire ? Voici quelques critères :
- L'histoire doit avoir un objectif clair
- Des rebondissements captivants doivent être intégrés
- Le message de l'histoire doit être clairement formulé
Il faut pouvoir répondre aux questions suivantes :
- Quelle est l'intrigue de l'histoire ?
- Quels personnages apparaissent dans l’histoire ? Comment fonctionnent-ils ? Quelles sont les relations entre les différents personnages ?
- Comment le film commence-t-il et comment se termine-t-il ?
- Quel est le message du film ?
- Comment se déroule l'arc narratif ?
- Quels sont les tournants dramatiques du film (également appelés « plot points ») ?
Une fois ces questions clarifiées, il convient de rédiger un bref résumé (un exposé) de l'histoire.
Scénario
Un scénario est rédigé à partir des résultats de la première phase de planification. Un bon scénario est rédigé selon une structure très rigoureuse. Il se compose des éléments suivants.
La scène
On commence par rédiger un en-tête de scène. Il faut alors répondre aux questions suivantes :
- La scène est-elle tournée À L’INTÉRIEUR ou À L’EXTÉRIEUR ?
- OÙ se déroule la scène ?
- QUAND la scène se déroule-t-elle (par exemple, de jour, de nuit) ?
Un titre de scène peut par exemple se présenter ainsi :
INTÉRIEUR - SALLE DE BAIN - SOIR
Chaque fois qu'un élément change, par exemple si le tournage se déroule d'abord à l'INTÉRIEUR puis à l'EXTÉRIEUR, ou si le lieu ou l'heure de la journée change, une nouvelle scène doit être créée.
L'intrigue
Tout d’abord, on attend une intrigue. Il se passe quelque chose dans la scène. Cette description doit être concise et percutante. Les détails importants qui doivent apparaître dans le film doivent bien sûr figurer dans l’intrigue. Tous les détails doivent être pertinents pour l’histoire.
Lorsqu’un personnage apparaît pour la première fois dans l’histoire, son nom s’écrit en MAJUSCULES.
Exemple :
MONIKA se regarde dans le miroir. Elle est épuisée. Des larmes coulent sur ses joues. Sa MÈRE entre par la porte.
Les dialogues
Les dialogues doivent être courts. Les longs dialogues peuvent paraître fastidieux. Dans le scénario, un dialogue est structuré comme suit :
- Tout d’abord, le nom du personnage qui parle est écrit en MAJUSCULES
- Sur la ligne suivante, on indique entre parenthèses la manière dont les répliques sont prononcées. Cette partie peut généralement être omise si le sens de la phrase et du dialogue est clair
- Enfin, le dialogue lui-même est écrit en caractères normaux, sans guillemets d’ouverture ni de fermeture.
Dans le scénario, les dialogues sont indentés à partir de la gauche.
Exemple :
MÈRE (inquiète) Qu’est-ce qui t’arrive ? Je peux t’aider ?
Directives de mise en scène et de prise de vue
Les indications de mise en scène et de caméra n’ont en principe pas leur place dans le scénario. Toutefois, si une prise de vue particulière nécessite un cadrage spécifique, il peut parfois être utile de le noter. On utilise pour cela les abréviations suivantes :
- T = Plan d'ensemble
- N = Plan rapproché
- CU = Gros plan
- POV = Point de vue
Les transitions entre les scènes ne figurent pas non plus dans le scénario. Cependant,
- FADE IN
- FADE OUT
se sont imposées respectivement pour le début et la fin du film, ainsi que pour le début et la fin d’une scène.
Storyboard
Un storyboard est un autre moyen de planifier le film. Il permet d'esquisser les différentes scènes. Cela donne une vue d'ensemble des différentes scènes et du déroulement du film.
La production
L'appareil photo
Choisir la « bonne » caméra n'est généralement pas une décision facile. Les possibilités sont innombrables et chaque appareil photo présente ses avantages et ses inconvénients. Le critère le plus important lors du choix est bien sûr le prix. Alors que certains caméscopes et modèles de reflex numériques sont disponibles à partir de quelques centaines de francs, les appareils photo plus sophistiqués peuvent facilement coûter plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de francs, voire plus.
Voici quelques types d'appareils photo ainsi que leurs avantages et inconvénients :
Appareil photo reflex numérique (DSLR)
sont en réalité conçus pour prendre des photos. Mais ils sont également de plus en plus utilisés dans les productions cinématographiques.
L'enregistrement sonore
Pour l'enregistrement sonore, on utilise soit les microphones intégrés à la caméra, soit des microphones externes. Comme pour les caméras, il existe ici aussi de grandes différences de qualité.
Les textes parlés sont souvent enregistrés à l'aide d'un microphone directionnel. Pour pouvoir approcher l'orateur même avec ce type de microphone, on utilise des perches micro. Il est également possible d'utiliser de petits microphones que l'on fixe sur l'orateur.
L'ambiance (c'est-à-dire les bruits de fond) doit également être enregistrée sur place. On utilise pour cela des microphones qui, de par leurs caractéristiques, offrent une plage dynamique plus large.
Il peut être utile d’enregistrer et d’analyser sur place, pendant une ou plusieurs minutes, uniquement les sons de l’environnement. Cela permet de détecter les bruits parasites avant même le début de la production proprement dite.
Systèmes de stabilisation
Les trépieds font partie de l'équipement de base de tout caméraman. Ils sont particulièrement indispensables pour la prise de vue au téléobjectif. Le choix d'un trépied dépend fortement de l'usage que l'on souhaite en faire. Les trépieds haut de gamme peuvent être très robustes et supporter une charge de plusieurs kg. La rotule est un élément déterminant. Il faut veiller à ce que les mouvements de panoramique (horizontaux et verticaux) s’effectuent en douceur. C’est souvent le principal défaut des trépieds bon marché.
Pour les prises de vue en mouvement, on utilise des systèmes tels que la Steadycam ou la Glidecam. Il existe des systèmes portés à la main qui facilitent le guidage de la caméra. Cependant, notamment lors de tournages prolongés ou avec des caméras relativement lourdes, un système porté sur les hanches et les épaules est indispensable.
Différentes tailles de plan
Un film tire sa force de la variété des plans. C’est grâce à ces plans que nous parvenons à toucher le spectateur. Il convient donc de s’interroger sur la raison d’être de chaque plan. En d’autres termes, pourquoi est-ce que je choisis précisément ce plan ? Voici quelques plans et ce qu’ils visent à accomplir :
Le plan d'ensemble donne au spectateur une vue d'ensemble de la scène. Il montre les protagonistes dans l'environnement dans lequel ils évoluent. Une forme extrême du plan d'ensemble s'appelle le plan très large. Ces plans sont filmés avec un grand angle très large et, dans ce cadrage, les acteurs paraissent extrêmement petits. C'est le paysage qui occupe alors le devant de la scène.
Dans le plan demi-long, les protagonistes sont représentés en taille réelle. Ce plan plonge davantage le spectateur au cœur de l'action. L'accent est mis sur l'action elle-même.
Un plan spécifique est appelé «plan américain ». Les acteurs y sont cadrés environ jusqu’aux genoux.
Le plan « demi-close-up »permet de bien mettre en valeur la gestuelle. Le gros plan, quant à lui, met principalement l’accent sur les expressions faciales.
Dans le gros plan de détail, l'attention est portée sur un détail précis, par exemple les lunettes de soleil du garçon ou le contenu du sac de la femme.
Dans un film, on alterne entre différents plans. Cela crée du suspense. Voici une image destinée à illustrer ces différents plans.
Les perspectives
Outre les plans, on utilise également différentes perspectives. Tout dépend de l'angle sous lequel la caméra est orientée vers le sujet.
La perspective normale est la plus courante. Le tournage s'effectue « à hauteur des yeux ». Cette perspective est par exemple couramment utilisée lors d'interviews.
Dans le cas de la prise de vue en contre-plongée, la caméra est orientée vers la scène depuis le bas. Cela peut exprimer une certaine domination ou supériorité. Mais l'inverse est également possible, par exemple lorsque des personnes se trouvant dans le grand hall d'un aéroport regardent le panneau d'affichage et que celui-ci semble démesurément grand. Une forme extrême de prise de vue en contre-plongé est ce qu'on appelle la « perspective de grenouille ».
Dans le cas d’un plan en plongée, la caméra est orientée vers la scène depuis le haut. Cela peut exprimer l’impuissance ou la solitude. Mais cette perspective permet également d’offrir une vue d’ensemble, par exemple pour montrer un champ de bataille. La forme extrême de ce type de plan est ce qu’on appelle la vue à vol d’oiseau.
La post-production
Le montage vidéo
Le montage vidéo peut s'avérer très fastidieux. Il te faut tout d'abord un logiciel te permettant de monter les séquences que tu as tournées (par exemple Adobe Premiere, Final Cut Pro X, Magix Video Deluxe, Vegas, etc.). L'organisation est particulièrement importante pour les projets de grande envergure. Si vous avez rédigé un scénario, vous pouvez attribuer les séquences aux différentes scènes lors de l'importation. Mais d'autres approches sont également envisageables. Commencez par un montage brut, puis affinez-le par la suite. Dans le montage professionnel, le montage le plus courant est le montage sec. N’utilisez les fondus que très parcimonieusement.
La post-production sonore
Lors du doublage, on veille tout d’abord à bien équilibrer les voix off et l’ambiance sonore. Les concepteurs sonores combinent ces deux éléments pour créer une nouvelle piste master. La musique de fond et les effets sonores sont ensuite mixés sur cette piste. La musique peut avoir un impact considérable. C’est elle qui donne le ton. Essaie de regarder un film d'action sans musique. Le film perd tout son impact. La musique contribue à créer le suspense et à transmettre des émotions.
Effets et animations
Les effets et les animations sont certes sympas, mais leur réalisation est généralement très complexe. Les animations dites « par images clés » sont les plus simples : elles consistent à modifier la taille, la position, la rotation, etc. d’un objet (vidéo, graphique, etc.) sur la timeline à l’aide de deux points.
Crédits photos
- Photo de couverture : René Graf
- Dimensions des images : Fotolia
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